Des articles

Déplatoniser la Hiérarchie Céleste. Interprétation du pseudo-Denys par Peter John Olivi

Déplatoniser la Hiérarchie Céleste. Interprétation du pseudo-Denys par Peter John Olivi

Déplatoniser la Hiérarchie Céleste. Interprétation du pseudo-Denys par Peter John Olivi

Piron, Sylvain

Enquête sur les anges dans la philosophie médiévale: leur fonction et leur signification, édité par Isabel Iribarren et Martin Lenz (2008)

Introduction: Les anges ont été un sujet de prédilection des scolastiques du haut Moyen Âge. Ils ont servi d'étude de cas pour des questions philosophiques centrales, de la spatialité et de la temporalité à la cognition et au langage. L'intérêt qu'ils ont suscité ne peut s'expliquer uniquement par les diverses subtilités métaphysiques apportées par leur nature intellectuelle sans corps, immuable et toujours en action. Au-delà de la richesse des paradoxes qu'ils pourraient offrir aux esprits curieux, leur succès est également dû dans une large mesure à leur importance épistémologique stratégique. Ils occupent une place sur la carte médiévale du savoir où les traditions philosophiques gréco-arabes et la révélation judéo-chrétienne se chevauchent d'une manière qui provoque nécessairement de nombreuses tensions. Les anges bibliques sont des créatures spirituelles, jouant divers rôles dans l'histoire du salut, interférant de temps en temps avec le cours terrestre des événements et tenant leurs rangs dans la cour céleste. D'autre part, les substances intellectuelles de la philosophie grecque sont conçues en relation avec leur fonction cosmologique et comme des éléments nécessaires dans la triple chaîne de l'être, de la causalité et de l'intelligibilité qui tient ensemble l'univers.

Ces deux pedigrees différents ne pouvaient pas être facilement conciliés. La rencontre des anges bibliques et néoplatoniciens a produit l'une des questions les plus cruciales auxquelles les théologiens ont dû faire face dans la seconde moitié du XIIIe siècle: pourraient-ils, ou devraient-ils être identifiés? À l'exception de quelques cas sur lesquels nous allons bientôt nous tourner, la question n'a pas été soulevée aussi brusquement. Néanmoins, la discussion de tout aspect de l'être angélique impliquait une telle décision, qui avait une valeur épistémologique majeure quant à la manière dont la philosophie et la théologie seraient articulées ensemble. Cet article portera principalement sur l'itinéraire original et apparemment solitaire emprunté par l'un des esprits les plus aventureux de l'ère scolastique. Le théologien franciscain Peter John Olivi, formé au studium parisien de l'ordre dans les années 1266-1273, produisit ses principaux ouvrages au cours de la décennie suivante, tout en enseignant dans les couvents languedociens, avant d'encourir en 1283 une censure de la part de ses confrères. cela a été provoqué par les positions inhabituelles qu'il prenait sur de nombreuses questions. Son projet intellectuel doit être compris dans le contexte des débats de cette période. Thomas d'Aquin était certainement le penseur majeur avec lequel il entretenait une confrontation globale. Plus généralement, la principale motivation d’Olivi s’inspire de ce qu’il perçoit comme un abus de la philosophie grecque au sein de questions théologiques qui, selon lui, multiplie inutilement les êtres intermédiaires ou les médiations entre Dieu et les êtres humains. Pour les mêmes motifs, il s’intéresse aussi bien aux philosophes parisiens qu’il qualifie d’Averroïstes et qui, comme l’a montré une récente étude, s’appuient autant sur Averroès que sur la tradition néoplatonicienne.


Voir la vidéo: HoP 234 - Your Attention Please - Peter Olivi (Octobre 2021).